Journal #1 – perfectionnisme, chemin vers la dévalorisation ?

Je ne sais même pas par où commencer. Je suis désorientée. Ah, si, par là :

Il ne me semble pas particulièrement que cette recrudescence de mon exigence envers moi-même soit particulièrement liée au retour de quelques passages à vide, mais peut-être bien l’inverse.
J’ai toujours été perfectionniste. Depuis mon enfance. Au point que, si la perfection venait à s’atteindre, je sais que je ne serais même pas satisfaite, parce que je voudrais encore plus. Presque comme ci je cherchais à faire ce que personne n’avait encore fait, pour vous faire comprendre l’importance de mon perfectionnisme. (Mais sinon je n’ai pas ce désir.)

Je suis la personne qu’on juge « d’extrême », au « comportement démesuré », tout simplement parce que je ressens tout d’une manière intense, comme de perpétuels coups de couteaux au long de la journée. J’ai une peur terrible de l’échec, avec cette tendance à me dire que je ne vaux rien, que je ne suis capable à rien, alors il me faut faire « parfait » afin d’éviter de souffrir à nouveau. Une soi-disant protection envers moi-même alors qu’au final, c’est une autre manière de me faire du mal. Surtout dans le dessin.

J’ai réalisé dernièrement que mon goût pour le portrait n’était probablement pas anodin. Pourquoi, alors que mon imagination sait être foisonnante au point de m’étouffer de projets, je ne me suis pas dirigée vers quelque chose de plus « libre », de plus « inventif » ? Pourquoi est-ce qu’il a fallu que je me penche sur le réaliste, même l’hyper réalisme.. ? Sans doute parce que j’aime faire les choses « à la lettre », « au trait près », de manière «  » » »parfaite » » » ».

Au départ ce n’était pas un mal, loin de là, même. C’était un cadre certes strict, mais qui m’a apporté la rigidité de la pratique, l’habitude de toujours guetter les proportions. C’est comme ça que j’ai appris à dessiner : en reproduisant des portraits, et finalement j’ai gardé cela en affection. Assez rapidement, cela dit, c’est la frustration qui m’a gagnée car très vite, je voulais exceller dans quelque chose que je venais d’apprendre.

J’avais, dernièrement, réussi à lâcher prise sur ce point. J’acceptais que le progrès est à juste titre progressif, que je ne pouvais obtenir le graal en un dessin. Je pratique, je cherche à m’améliorer, mais je n’ai pas le « talent » directement infusé.
Mais le voilà, le sauf que prévisible.
Sauf que depuis une semaine, je n’arrive pas à grand chose. Me voilà, à nouveau, à me mettre des coups de pieds en permanence, à me faire trop mal pour avancer, à me mettre une pression hallucinante pour faire de mieux en mieux. Bien évidemment que je ne réalise pas forcément le chemin que j’ai parcouru (un minimum, je vois que j’ai plus d’assurance dans mes dessins, que c’est plus abouti, mais je ne le vois plus de manière frappante comme début août par exemple. C’est dingue ce qu’en un mois, j’ai pu me stresser.) donc je ne suis en aucun cas objective. Peut-être que j’ai le nez trop proche du papier, en permanence, à force de griffonner sans relâche, mais qu’il me faudrait quelques jours loin de tout crayon pour me dire que « ce n’est pas si mal, finalement ».

Il y a quelques jours, j’ai terminé un dessin personnalisé en vue de l’offrir à une amie comme cadeau d’anniversaire. Parce que c’est un cadeau, je ne le trouve pas assez bien, j’ai l’impression de proposer quelque chose de médiocre, d’avoir bâclé le dessin, et de ne pas lui offrir un travail suffisamment bien qui correspond à l’importance qu’a cette amie pour moi. Mais nous sommes bien d’accord, c’est aberrant : le principal reste le geste, et je sais que le principe même de ce dessin qui regroupe des éléments qu’elle aime énormément lui plaira. Mais voilà, de moi à moi, je me dis que la technique n’est pas là. Alors qu’elle est juste à améliorer, mais c’est le travail d’une vie.

Idem, dans l’espoir de lâcher un peu ce perfectionnisme, j’alterne les techniques. Ces dernièrs temps je me suis pas mal amusée avec les portraits couleurs, alors j’ai eu envie de revenir au graphite, là où je me débrouille un peu mieux. J’ai décidé de reproduire le portrait d’un artiste que j’aime particulièrement, et pour faire la base du dessin, c’est à dire les traits de contour si l’on veut… j’ai mis une après-midi entière.
Parce que c’est quelqu’un qui m’a beaucoup apporté sur le plan personnel, que j’admire son travail, bref, une personnalité essentielle dans ma vie, je n’admettais pas la moindre erreur. Sauf que cela a pris des proportions démesurées, je me suis épuisée à la tâche : j’effaçais un trait pour le refaire à un millimètre seulement de différence, et ça, trois ou quatre fois de suite, sachant que je revenais à des traits que j’avais déjà réalisé finalement. Maintenant, je n’ose même pas le remplir, faire l’ombrage pour apporter de la profondeur. J’ai essayé, avant de me décider à écrire cet article.
Ca a été un merveilleux coup de gomme pour effacer l’essentiel.

Je ne sais pas suffisamment lâcher prise pour me permettre de juste faire et d’expérimenter, sans me prendre immédiatement le chou avec ça. Je ne sais pas accueillir l’échec qui est présent pour grandir sans partir dans des réactions animées, sans déchirer le papier, sans un litre de larmes versé.

Le perfectionnisme fait que je ne m’estime pas vraiment dans ce que je réalise. Le perfectionnisme, ces derniers temps, fait que je n’ose plus rien vous partager, alors que j’ai encore beaucoup de réalisations sous le coude.

Comment on gère sa volonté de créer avec ce petit diable qui vous étreint pour vous empêcher de mettre en oeuvre ?
Est-ce qu’on le combat, ce perfectionnisme qui ramène son ami syndrome de l’imposteur ?

J’en étais venue à retrouver mes crises existentielles paralysantes qui conduisent à la procrastination, parce que je commençais à avoir peur de faire quoi que ce soit. Je n’ai pas envie de répéter inlassablement cette boucle. Je cherche à la briser Et je crois que mettre au grand jour ce processus néfaste, se livrer, en parler à coeur ouvert pour dire que créer n’est pas toujours synonyme de joie quand nos attentes sont pernicieuses, est en effet un moyen à cela. Et ce n’est pas ça qui entravera mon désir d’aller plus loin dans mes capacités artistiques. Ce n’est pas ça qui m’empêchera de dessiner.
Mais un jour, je le ferais avec un résultat serein, en estimant ce que j’ai fais au lieu de sans cesse me dévaloriser.

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