« A(ux) Poil(s) », projet en trois dessins.

Bien le bonjour !

Aujourd’hui, je vous partage ce petit projet qui malheureusement ne révolutionnera pas les mentalités, mais qui me tenait tout de même à coeur, surtout pour le style utilisé. C’est peut-être anodin, mais en un sens, assez révélateur sur le fait qu’on continue malgré l’essor sur internet que l’on peut trouver à nier la pilosité féminine. Encore plus quand elle touche le visage.

Déjà, est-ce qu’on parle de ce nom assez… hm.. bon, une sorte de calembour pas bien génial ? En réalité, ce nom peut se lire de trois manières :

  • A poil : initialement le titre de base que j’avais prévu sous forme exclamative, juste pour jouer sur l’idée de nudité (= sensualité dans les idées préconçues, surtout quand ça concerne la femme, mais en parallèle ce qui nous vaut d’être joliment appelées de… « putes ») mais dénoter avec la présence la plus basique qui soit, c’est-à-dire, les poils. Et donc combattre un peu ce qu’on visualise en imaginant un corps « à poil », nu, entièrement glabre, avec quelque chose de plus réaliste, un corps avec une pilosité.
  • Au poil : jeu de mots franchement nul. Tu sais, cette expression de satisfaction, quand quelque chose est bien, fait avec perfection, quand ça nous convient. Ben pourquoi être poilue ce n’est pas être « au poil », parfaite ? Parfois, la langue française est bien fichue, y’a des coïncidences qui me plaisent bien.
  • Aux poils : comme une ode pourrait-on dire. Non pas une déclaration d’amour parce que mon rapport personnel reste conflictuel mais à coup sûr, la volonté de les légitimer.

Côté illustrations, pour arpenter fréquemment instagram et suivre bon nombre de personnes faisant du dessin leur métier, il m’a été donné de voir qu’il y avait davantage de représentation de femmes avec des poils. Mais surtout aux jambes. On continue à avoir du mal à accepter les poils aux aisselles, et outre les représentations inspirées de Frida Kahlo, les visages sont toujours parfaits. Les sourcils épais sont devenus à la mode (pour le coup j’hésite à dire « dieu merci » même si cette idée de mode m’horripile, mais j’ai souffert des critiques pour mes sourcils broussailleux que je n’ai jamais tenus à épilés pour qu’ils ne fassent qu’un trait, alors qu’ils soient enfin acceptés, fuck damn yeah), on en dessine plus facilement, mais le duvet au dessus de la lèvre supérieure, sur le menton… Je n’en ai pas vu.
Et pour ce qui est des poils, alors certes je ne connais pas tous les artistes, et j’ai tendance à découvrir plus du travail dit « jeunesse/cartoon » mais je n’ai pas vu de représentations réalistes. Pas de type portraits. Exempt encore une fois les dessins de Frida Kahlo, ou les peintures faites par elles. (normales, autobio)

C’est justement pour ça que je me suis dit qu’il était peut-être temps d’y remédier. De donner plus de visibilité au réalisme en dessin, représentant la femme comme humain normal, donc, poilu. Les hommes souffrent aussi de leur pilosité, surtout quand elle est abondante, on stigmatise à un point hallucinant la pilosité du dos. Mais leurs jambes sont libres. Leurs dessous de bras sont libres. Leurs visages sont libres. Leur « ligne de poils sensuelle qui descend le bas du ventre » (clichééééé) est libre.
Les femmes non.

Sur tout ce mouvement à propos des poils (qui pour beaucoup ressemble au B.A.BA du féminisme, c’est presque le truc initial que de traiter des poils), il y a une chose que je n’ai relevé que récemment, et que je ne comprends absolument pas. La femme est humiliée d’avoir des poils, elle a été conditionnée pour les retirer en permanence, sauf à un endroit. Enfin, presque.
L’intimité, on en parle ? Franchement, parlons de cette incohérence. En quoi des poils aux jambes sont dégoûtants, et pas au sexe ? Enfin, pardon : une foison à cet endroit n’est pas acceptée parce que ça fait « forêt vierge », mais en avoir quand même quelques uns, ça passe. Je m’explique : même enfant, à un âge où je n’aurais jamais dû entendre parler de ça, j’ai quand même reçu les tendances d’épilations du maillot. Alors certes, on parle épilation mais pour lui donner une forme, laisser des poils. Souvent pas beaucoup, ok, mais quand même, on accepte un triangle, une fine ligne. Personnellement je n’ai jamais saisi, mais passons. On nous a bombardé de maillot brésiliens, de ticket de métro, de je ne sais pas combien de tendances au poil (haha tu relèves le jeu de mot dit plus haut ?) pour que finalement on nous fasse, sorry not sorry, littéralement chier pour avoir un corps extraterrestre glabre. Non. Avoir des poils et les rendre jolis en faisant des traits et dessins ça passe, mais laisser son corps vivre, non. D’accord. Mais beaucoup, nous ne l’acceptons pas. Ou du moins, plus.

Je reste, personnellement, une personne conditionnée : je ne sors pas pour l’instant les aisselles ou les jambes non épilées / rasées, sauf quand ces zones sont cachées par les vêtements. Là où je suis un peu plus libre, c’est le visage. Paradoxal. Très souvent, par flemme extrême et peau qui ne me le permet pas, je sors les sourcils plus broussailleux que d’habitude. (merci l’eczéma sous les sourcils qui rend alors l’épilation invivable.) J’ai un duvet assez marqué au dessus de la bouche, mes poils sont du genre bien bien noirs, et il m’arrive de sortir sans le décolorer ou sans l’épiler. J’ai pris en pleine poire au collège « regarde elle a de la moustache », et j’ai toujours des regards désobligeants rivés sur ma bouche, peut-être devrais-je tenter la duck face dans ces moments là, mais j’ai appris à m’en contrefoutre. J’ai quelques poils rebelles qui poussent sur le menton, et sauf si ça me gêne vraiment, je laisse, c’est assez pénible comme ça.

Dire que c’est dans le but de légitimer la pilosité et qu’elle ne coupe en rien l’idée de « féminité » est vrai. Mais dire que tout corps, toute morphologie, toute couleur de peau, bref, tout critère ne fait en rien barrière à cette fameuse « féminité » me semble plus juste. Je ne vois pas en quoi une personne ronde, à la peau marquée par les vergetures, et ayant fait le choix de ne pas s’épiler ou ne pouvant pas le faire pour divers problèmes de santé ne pourrait arborer un bikini, un maillot de bain une pièce, une lingerie fine, ou quoi que ce soit d’autre.

Ce ne sont sans doute pas les dessins qui vont révolutionner le monde, mais j’aimerais faire prendre conscience à chaque personne qui tombera dessus que votre corps est beau, et qu’il ne devrait connaître comme seul diktat que celui de votre bonheur.

2 Replies to “« A(ux) Poil(s) », projet en trois dessins.”

  1. Moi, j’aime bien « Au poil » (comment ça, il faut que je sorte parce que c’est un jeu de mots pourri ? Peut-être pas si pourri que ça, na).

    Je te « rassure », les poils commencent à être considérés comme dégueulasses au maillot aussi 😛 Je suis entièrement dégueulasse (sauf aux aisselles et aux mollets), youpi o/

    Je réitère, la jeune fille de ton premier dessin est très belle. Et j’aime bien ton dernier dessin, avec les poils sur les cuisses, je les trouve très beaux… au poil. (ok, je sors)

    J’ai une idée pour toi : ça ne te dirait pas de dessiner des scènes complètement anodines et où on voit des poils sur les jambes ou aux aisselles, l’air de rien, sans que le focus ne soit mis sur eux ? Meilleur moyen de décomplexer la chose quand tu la mets dans un cadre random.

    1. Haha merci bien !

      Je ne sais pas si ça me rassure en effet, aucune liberté pour ce qui est des poils, la dictature complète. Oh t’inquiète pas, comme toi, sauf ces endroits je suis purement et simplement dégueulasse alors !

      Encore merci, ça me touche beaucoup ! La modèle de base dont j’ai utilisé le minois était très jolie oui. Pour le dernier dessin encore merci. ♥ Dire que j’ai utilisé une photo d’Ashley Graham qui est sublime, mais à la peau toute lisse !

      Ca me semble une bonne idée pour les rendre encore plus naturels oui ! Il faut que je vois, pour l’instant je me concentre plus sur les visages mais pourquoi pas oui travailler le reste du corps, faire des actions anodines par dessins et représenter des poils. Je suis tentée de faire un DTIYS avec un corps entier, ce sera peut-être l’occase oui !

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